Mon chien a été attaqué par un autre chien : soins, responsabilité et démarches

Si votre chien vient d'être attaqué ou mordu par un autre chien, mettez-le à l'abri, comprimez ce qui saigne et faites examiner la morsure par un vétérinaire, même si elle paraît minuscule : une morsure peut cacher des lésions profondes sous une peau presque intacte. Relevez ensuite le nom et les coordonnées du propriétaire de l'autre chien. La loi est claire sur ce point : c'est lui qui répond des dommages causés par son animal (article 1243 du Code civil).

Premier geste
Mettre le chien à l'abri, comprimer ce qui saigne
Vétérinaire
Pour toute morsure, même petite (Manuel MSD)
Qui paie
Le propriétaire de l'autre chien (art. 1243 Code civil)

Les premières minutes : sécuriser, comprimer, ne pas se faire mordre

Une fois les chiens séparés (si la bagarre est encore en cours, suivez d’abord notre guide bagarre de chiens : comment réagir sans se blesser), éloignez votre chien de l’autre animal et tenez-le en laisse courte. Le Manuel vétérinaire MSD décrit les deux premiers gestes face à une plaie : appuyer pour arrêter le saignement, puis poser un pansement simple en attendant les soins.

Attention à vos mains. Un chien qui souffre peut mordre la personne qui le touche, y compris son propre maître : le Manuel MSD décrit cette agressivité liée à la douleur comme une réaction de défense, qui peut survenir dès que le chien s’attend à être manipulé. Parlez-lui calmement, touchez la zone blessée le moins possible, et laissez le vétérinaire faire l’examen complet.

Pourquoi le vétérinaire, même pour une petite plaie

C’est le point que les maîtres sous-estiment le plus souvent. Les morsures de chien vont de la simple perforation à la plaie profonde, et selon le Manuel vétérinaire MSD, elles peuvent masquer des lésions graves, côtes cassées ou organes touchés, alors que les marques en surface semblent bénignes. Sa recommandation est sans ambiguïté : toute morsure doit être examinée par un vétérinaire, puis nettoyée et traitée avec des antibiotiques et des antidouleurs si besoin.

Étape Qui Ce qui se passe
Compression et pansement simple Vous, sur place Arrêter le saignement et protéger la plaie
Examen de la morsure Vétérinaire Rechercher les lésions profondes invisibles en surface
Rinçage de la plaie (lavage) Vétérinaire Évacuer la saleté et les bactéries pour réduire le risque d’infection
Prélèvement possible Vétérinaire Mise en culture d’un échantillon des plaies perforantes pour choisir l’antibiotique
Fermeture ou plaie laissée ouverte Vétérinaire Suture, agrafes ou colle, ou plaie laissée ouverte si le risque d’infection est élevé ; une fermeture peut avoir lieu 24 à 72 heures après, parfois plus

Source du tableau : Manuel vétérinaire MSD, « Wound Management » (version propriétaires, décembre 2025). Gardez le compte rendu et les factures : ils servent pour la suite.

Qui paie les frais ? La responsabilité du propriétaire de l’autre chien

L’article 1243 du Code civil dit : « Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, pendant qu’il est à son usage, est responsable du dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit qu’il fût égaré ou échappé. » Autrement dit, que l’autre chien ait été tenu en laisse, promené par quelqu’un d’autre ou échappé de son jardin, c’est son propriétaire, ou la personne qui s’en servait à ce moment-là, qui répond des dommages, frais vétérinaires compris.

Sur place ou dès que possible, notez :

  • le nom, l’adresse et le téléphone du propriétaire ou de la personne qui promenait le chien ;
  • les coordonnées de son assureur, s’il les a ;
  • le numéro d’identification du chien (puce ou tatouage) s’il est connu ;
  • le nom et le téléphone des témoins ;
  • la date, l’heure et le lieu exacts, et des photos des blessures avant les soins si c’est possible sans retarder le vétérinaire.

Si l’autre chien est un chien de 1re ou de 2e catégorie, son propriétaire est obligatoirement assuré en responsabilité civile : les règles sont détaillées dans notre guide des chiens catégorisés.

Si une personne a été mordue en séparant les chiens

La situation change dès qu’un humain est mordu. L’article L211-14-2 du Code rural impose de déclarer « tout fait de morsure d’une personne par un chien » à la mairie de la commune de résidence du propriétaire ou du détenteur de l’animal. Le chien qui a mordu doit ensuite passer une évaluation comportementale pendant la période de surveillance. Cette obligation s’applique aussi si c’est votre propre chien qui vous a mordu dans la confusion. L’article vise la morsure d’une personne : il ne parle pas des morsures entre chiens.

Toutes les démarches (surveillance, déclaration, évaluation) sont détaillées dans notre article mon chien a mordu quelqu’un. La personne mordue a, elle aussi, intérêt à consulter un médecin.

Après l’attaque : la peur, et comment la travailler

Les blessures guérissent, mais l’événement peut laisser une trace. Le Manuel vétérinaire MSD range les traumatismes, à tout âge, parmi les causes possibles de craintes durables et d’agressivité par peur. Il précise aussi le mécanisme qui entretient le problème : un chien apprend vite qu’aboyer ou menacer fait reculer ce qui l’effraie, et il recommence parce que « ça marche ». Un chien autrefois sociable peut donc se mettre à réagir à la vue d’autres chiens, surtout en laisse, quand il ne peut pas s’éloigner.

Les signes à surveiller dans les semaines qui suivent

Évitement, tremblements, posture basse, léchage de babines, bâillements : le Manuel MSD les décrit comme des signes de peur ou d’anxiété. Vous pouvez aussi voir votre chien refuser de passer à l’endroit de l’attaque, ou aboyer et grogner à la vue d’un chien. Cela ne veut pas dire qu’il est devenu agressif : cela dit d’abord qu’il a peur.

Ce qui aide, et ce qui aggrave

D’abord, éviter. Le Manuel MSD fait de l’évitement des situations déclenchantes la clé tant qu’une aide qualifiée n’est pas en place : promenades à des heures et dans des lieux où vous croiserez peu de chiens, demi-tour ou détour dès qu’un chien approche. Ce n’est pas céder, c’est empêcher votre chien de répéter une réaction de peur.

Ensuite, reconstruire par petites étapes. Les deux techniques décrites par le Manuel MSD sont la désensibilisation (exposer le chien au stimulus à une intensité assez faible pour qu’il reste calme, puis augmenter très progressivement) et le contre-conditionnement (associer ce stimulus à quelque chose d’agréable). Concrètement : observer un chien calme de très loin, récompenser votre chien tant qu’il reste détendu, et ne réduire la distance que sur plusieurs séances. À l’inverse, l’immersion (le mettre au milieu d’autres chiens « pour qu’il s’habitue ») est la technique que le Manuel MSD juge la plus stressante et la plus susceptible d’aggraver la peur. L’AVSAB (American Veterinary Society of Animal Behavior) déconseille de même toute méthode qui repose sur la douleur, l’intimidation ou la contrainte, et rappelle qu’un traitement médicamenteux peut être nécessaire dans les peurs sévères, après un examen par un vétérinaire.

Si la peur persiste ou s’aggrave, parlez-en à votre vétérinaire : il peut vérifier qu’une douleur ne s’ajoute pas au tableau et vous orienter vers un vétérinaire comportementaliste. Notre guide sur la réactivité canine détaille le travail à distance, et celui sur le chien craintif les étapes de la reprise de confiance.

Questions fréquentes

La plaie ne saigne plus et mon chien a l’air bien : faut-il quand même consulter ?

Oui. Le Manuel vétérinaire MSD recommande de faire examiner toute morsure, justement parce que les dégâts sous la peau peuvent être bien plus importants que ce que l’on voit. Une petite perforation est aussi la porte d’entrée typique d’une infection.

Mon chien a peur des autres chiens depuis l’attaque : est-ce que ça va passer tout seul ?

Parfois, mais il ne faut pas compter dessus. Chaque rencontre qui se passe mal renforce la peur, et chaque fois que votre chien aboie et que l’autre chien s’éloigne, il apprend que la menace fonctionne. Limitez les rencontres subies, travaillez à distance avec des récompenses, et demandez l’avis de votre vétérinaire si rien ne s’améliore en quelques semaines.

Sources